Sans me vanter, je fais de la bonne tarte aux citrons. Avec une pâte sablée légère, friable, fondante, avec une crème au sucre roux, à la poudre d'amandes, et, bien sur, aux citrons. Evidemment, il m'en faut des non traités, car on doit utiliser leur zeste : c'est ce que j'explique à l'employé du rayon fruits et légumes de mon petit supermarché. Il n'y a sur l'étal que trois citrons rabougris, traités au XY, c'est écrit en toutes lettres sur l'étiquette du cageot.
L'homme des fruits les jette prestement et me dit « je vais vous chercher ça ». Il revient avec un carton de citrons énormes, brillants, appétissants à souhait. Il en verse la moitié dans la caisse « traités au XY », et l'autre moitié dans celle « garantis sans traitement après récolte ». Je lui demande si les fruits sont TRAITES ou pas. « Vous avez le choix » ; me répond-il. (Je sens qu'il commence à me trouver bien chipoteuse). J'insiste : Qu'est-ce qui est écrit, sur la caisse qui vient de la réserve ? Un coup c'est des traités, un coup c'est des pas traités, m'explique-t-il, ça dépend des arrivages. Cet homme a une patience d'ange. « Oui, mais – et je manifeste là mon mauvais esprit – pourquoi mettez –vous en vente un produit dont la description ne correspond pas à ce qu'il est réellement ? »
— Parce que, ma p'tite dame, s'il faut tout vous dire, chez nous, le client est roi, alors, on lui marque sur les étiquettes ce qu'il a envie de lire, mais nous, on a trop de boulot et pas assez de débit pour avoir cinquante sortes de citrons différents, en plus que pour finir, ils sont sûrement tous pareils, voilà ! »
Voilà.
Hortense AA