Une histoire du pays gallo, que j'ai entendue au concours de contes de Redon, contée par une
très vieille dame...
Le curé de Saint Machin avait gagné un perroquet à la kermesse des écoles. Il le mit dans sa maison, mais le bestiau lui rendit vite la vie impossible: il ne faisait que piailler, gueuler, tant et tant que la bonne en colère finit par quérir le bonhomme et lui dit : "si vous ne vous débarrassez pas de ce failli moineau, c'est moi qui m'en vas partir".
Ni une, ni deux, ils le foutirent dans le poulailler. Là, le perroquet s'est trouvé heureux : depuis deux ans il n'y avait pas de coq, et tout un parquet de poulettes aux cuisses fermes ne demandait qu'à s'amuser un peu. Au bout d'un moment, le curé s'avisa que le perroquet donnait dans l'indécence. La bonne pensa de même.
"Si je te vois encore une fois sur le dos d'une poule, je t'arrache une plume de la tête", dit le curé.
Quelques heures après, le perroquet n'avait plus une seule plume sur la tête. ça ne pouvait s'endurer.
"Ya qu'à le mettre dans l'église, dit la bonne"
Il fut bien aise, le perroquet ! Il répétait la messe, on l'avait mis sur l'harmonium, et, quand les portes de l'église s'ouvraient, il commençait, avec la voix du curé :
"Les hommes à droite, les femmes à gauche, les hommes à droite, les femmes à gauche.." Une fois, chantonnant ça, voilà qu'il voit arriver trois moines... Et les moines, comme vous le savez tous, ont le haut de la tête tondu.
Le perroquet s'étrangla, s'étouffa à la vue de leur crâne nu qui brillait comme une chaussure cirée, dans la lumière de la nef.
"Les hommes à droite, les femmes à gauche... Et les baiseurs de poules, qu'ils restent dehors !"
Hortense AA