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Repiquages

 

     Nelly Kaplan

 

Robert WALSER: Nouvelles du jour

En décembre, trois journaux d'écrivain: Virginia WOOLF, Franz KAFKA, Maurice G.DANTEC

Paul VINCENSINI:petits poèmes

Agota KRISTOF: L'analphabète

Majnun LAYLA: Je nous vois

René DEPESTRE: L'orgasme idéal

Marguerite DURAS: chronique

Guy GOFFETTE: Printemps bleu

Nazim HIKMET: L'optimiste

COLETTE: Journal à rebours

Pierre JOURDE: Festins secrets

Georges PEREC: La disparition

Alexandre VIALATTE: Chronique des H et des Y

Erri de LUCA: Trois chevaux

Nelly kAPLAN: Le réservoir des sens

Tom SHARPE: Quelle famille!

Robert BURTON: Anatomie de la mélancolie

Yves BONNEFOY: L'adieu

Lynda GUILLEMAUD: Bréhat

En Juin, trois journaux d'écrivain: Annie Erneaux, Michel Tournier, Renaud Camus

Hervé LAROCHE: Dictionnaire des clichés littéraires

Jean MALRIEU: La vallée des rois

René-Guy CADOU: Refuge pour les oiseaux

Raymond QUENEAU: L'instant fatal

Yvon Le MEN: Une question d'habitude

Esprit, es-tu là ? Conte Du pays gallo

 


             
   

Nelly Kaplan: Le réservoir des sens

   
 

 

    

   La cybernétique mène à tout, à condition de s'en servir.
      C'est bien cela, se dit un jour ma belle maîtresse, la plus intelligente, passionnée, douce et cruelle des créatures humaines.
      Et me voilà construit.
      Elle voulait de moi parce que les hommes ne lui disaient plus rien, parce qu'elle avait épuisé toutes les sensations connues et que, en femme de science, elle voulait aller plus loin dans la recherche.
      Avec moi elle parcourut un curieux abécédaire. Tout son savoir acquis pendant de longues années d'études où la science et la magie se rejoignaient à nouveau, fut employé pour faire de moi le plus perfectionné et compréhensif des robots.
      Mes touches complexes permettent d'innombrables fantaisies qui plongent ma maîtresse dans toutes sortes de délices.
      Les hommes, c'est évident, ne pourraient jamais atteindre cette perfection. Il paraît, en outre, qu'ils se fatiguent assez vite.

      Chaque jour, ma superbe maîtresse me regarde tendrement de ses yeux veloutés :
      " Quel jeu allons nous choisir aujourd'hui, Cornelius ?
      Vous l'avez sans doute compris, je m'appelle Cornelius )
      Nous discutons alors gentiment. Chacune de nos étreintes provoque en moi des courts-circuits différents, quoique toujours exquis. J'ai mes préférences, mais il faut concilier avec ma maîtresse, si prodigieusement belle, si intelligente, et qui m'a fait possible.
      Elle me regarde jalousement. Personne ne m'a vu sur terre, sauf le mécanicien qui vient toutes les semaines pour ajuster mes pièces et graisser mon mécanisme parfait et vulnérable. Ma maîtresse se refuse à le faire elle-même, par délicatesse, dit-elle ; cela serait comme si elle devait raser ou baigner son amant. Encore un sentiment humain que je n'arrive pas bien à saisir. Enfin, c'est leur affaire.
      Le mécanicien est venu justement aujourd'hui. Il appartient à la branche qu'ils appellent masculine. C'est moins délicat que l'espèce adverse, mais cela aussi a une certaine beauté. Il est très gentil avec moi et me soigne bien. Je lui en suis reconnaissant. Je voudrais lui témoigner mon amitié, lui offrir quelques-uns des plaisirs que je donne chaque jour à ma maîtresse, et qui semblent tant la satisfaire. Mais, dès que j'essaie, ma maîtresse se fâche épouvantablement. Aujourd'hui, par exemple, pendant qu'il changeait un de mes écrous, j'ai voulu lui donner cette surprise et, doucement, j'ai commencé à défaire un des vêtements qui recouvrent son corps.



            Début de la nouvelle  Le réservoir des sens

            Le réservoir des sens   Nelly KAPLAN  
                        éditions Le castor astral


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