
Le père curé, voulant faire la charité aux gens de passage dans son presbytère, demanda à sa bonne, qui n'était pas bien fine, de couper en tranches un jambon tout neuf qu'on venait de lui offrir et d'en donner une partie aux malheureux qui se présenteraient.
Le curé devait se rendre à l'évêché. Durant son absence, un gueurzouille, mendiant de son état, passa et demanda la charité. La bonne, se souvenant des recommandations, le reçut bien. Mais ne voulait pas prendre le risque de che à bas * en grimpant sur une chaise, elle demanda au bonhomme d'y monter à sa place et de se servir lui même.
Quand il fut ainsi perché entre jambon et bonne femme, il fit voir un espectacle saisissant pour une vieille fille devenue cuisinière dans un presbytère. Le pillotou était en effet pouillé de mauvaises toiles de sac, laissant sa nature au grand air.
Ebahie, elle lui dit :
— Qu'avez-vous donc là ?
— Ça ? mais c'est de l'esprit, répondit-il sans hésiter.
—Ah, dit-elle, Monsieur le curé me dit toujours qu'il m'en faudrait. Mettez m'en donc une miette !
Elle regardait vraiment tout cela comme une marchandise un jour de marché. Et, pour un peu, elle aurait discutaillé, chipoté et marchandé comme elle en avait l'habitude pour la viande et les légumes. Notre homme s'empressa de l'exaucer plus vite que Saint du paradis après neuvaine.
Quand le père curé revint, il ne put que constater les dégâts : son jambon n'avait plus qu'un petit fond, retenu par une ficelle intacte.
Contrit, il ne jura pas... mais tout juste ! Il se dressa devant sa bonne, et lui dit, fort en colère :
— Tout de même, ma pauvre Marie, vous n'aurez donc jamais d'esprit ?
— Ah, dainme sia ! Monsieur le tchurë, le sien qu'est passé là m'ën a donnë, et ‘cor pou rin du tout !*
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che à bas : tomber
* ah, dame si ! monsieur le curé, celui qui est passé par là m'en a donné, et encore, pour rien du tout !
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La bonne du curé et le pilletout. Finfinaw et contes de Piperia, recueil de contes collectés et retranscrits par Albert Poulain, conteur.