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Repiquages

 

 

 

Robert WALSER: Nouvelles du jour

En décembre, trois journaux d'écrivain: Virginia WOOLF, Franz KAFKA, Maurice G.DANTEC

Paul VINCENSINI:petits poèmes

Agota KRISTOF: L'analphabète

Majnun LAYLA: Je nous vois

René DEPESTRE: L'orgasme idéal

Marguerite DURAS: chronique

Guy GOFFETTE: Printemps bleu

Nazim HIKMET: L'optimiste

COLETTE: Journal à rebours

Pierre JOURDE: Festins secrets

Georges PEREC: La disparition

Alexandre VIALATTE: Chronique des H et des Y

Erri de LUCA: Trois chevaux

Nelly kAPLAN: Le réservoir des sens

Tom SHARPE: Quelle famille!

Robert BURTON: Anatomie de la mélancolie

Yves BONNEFOY: L'adieu

Lynda GUILLEMAUD: Bréhat

En Juin, trois journaux d'écrivain: Annie Erneaux, Michel Tournier, Renaud Camus

Hervé LAROCHE: Dictionnaire des clichés littéraires

Jean MALRIEU: La vallée des rois

René-Guy CADOU: Refuge pour les oiseaux

Raymond QUENEAU: L'instant fatal

Yvon Le MEN: Une question d'habitude

Esprit, es-tu là ? Conte Du pays gallo

 


           
 

En Juin, trois journaux d'écrivain: Annie Erneaux, Michel Tournier, Renaud Camus

   
           
 

Annie Erneaux

Annie ERNAUX  6 juin 1995


   De plus en plus de SDF vendant La Rue, le Réverbère, etc, partout, dans le métro, aux portes des hypermarchés, aux feux rouges sous la pluie. Les voitures ne baissent pas leurs vitres. Ce sont les "journaux des SDF", pas de vrais journaux.

Dans le RER, un vendeur est à peine descendu qu'un autre monte. "bonjour, je m'appelle Eric, je suis sans travail, si vous voulez bien m'aider en achetant La Rue." Toujours la voix d'abord, qui se force pour arrêter les conversations, faire lever les yeux. La silhouette parcourant plus ou moins vite le wagon, cherchant ou non les regards, selon le degré de fatigue ou de désillusion. Celui-ci est un garçon à lunettes, en imperméable malgré la chaleur. J'ai un fils qui s'appelle aussi Eric.


La vie extérieure 1993-1999

 

Un entretien avec Annie Erneaux  publié dans la revue Encres vagabondes

 

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Michel Tournier

Michel TOURNIER   juin 2001

Plus j'avance, plus je regrette de n'avoir pas été un écolier puis un étudiant surdoué. Dévorer tous les livres, exceller en mathématiques, en musique, dans tous les jeux intellectuels, me rendre maître de toutes les langues. Une tête énorme où tout le savoir humain serait emmagasiné. Cela doit suffire à faire le bonheur d'une vie et tenir lieu de voyages, d'amours et même d'inventions. Je prends là le contrepied de Faust au début de la lettre de Goethe. Vieillissant, il s'aperçoit qu'il sait tout, mais qu'il a oublié de vivre. Ce qui m'en sépare fondamentalement, c'est que de son savoir encyclopédique, il tire la conclusion qu'il ne sait rien, que tout cela n'est que vain fatras et qu'il aurait mieux fait de boire et de trousser les filles, comme ses camarades. Pour moi le savoir est incomparable de beauté et de profondeur. Il y a des abîmes de lumière dans la philosophie, des subtilités exquises dans les mathématiques, des clés d'une foudroyante efficacité dans les sciences, et surtout, ah, surtout des beautés d'une majestueuse grandeur dans les lettres et  les arts. Mais toutes ces richesses doivent être méritées pour être conquises. Ah, d'un coup de baguette magique avoir à nouveau dix ans, et sachant tout ce que je sais, tout refaire, tout revivre mieux, plus fort et en somme parfaitement. Mener une vie parfaite. Idée d'un roman intitulé Michel 2 ou la Vie Parfaite.
Grande question dans une "vie parfaite": quid de la création, de l'invention avec les déséquilibres, les manques et les bavures qu'elles impliquent ?

                

                                        Journal extime

 

Biographie et bibliographie de Michel Tournier sur le site de l'Académie Goncourt.

 

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Renaud Camus

 

Renaud CAMUS Juin 1998


Ce garçon de M n'est pas bête. Il s'était beaucoup intéressé à ma bibliothèque, je m'en souviens, lors de sa première et unique visite. En particulier, il m'enviait beaucoup de posséder tout Proudhon. A sa façon, et toujours à l'aune de la Gascogne, c'est une manière d'intellectuel. Bien entendu, il pense tout ce qu'il faut penser. Ses opinions politiques sont impeccables. Libération l'adorerait comme il adore Liberation . Mais s'il ne vient pas à un rendez-vous qu'il a lui-même donné, de sa propre initiative (c'est lui qui m'avait contacté), à un homme de vingt-cinq ans son aîné, et qui peut donc en éprouver quelque chagrin, une plus grave blessure narcissique que ne ferait un garçon de son âge, il n'en éprouve aucun remords, aucune honte, nulle vergogne, aucun besoin de téléphoner pour s'excuser. C'est ce que j'appelle sottement le fascisme ordinaire  : le défaut de tout sentiment de responsabilité à l'égard des autres, chez des individus qui d'autre part sont des consciences morales extrêment pointilleuses en politique. On voue Le Pen aux gémonies mais on écoute la télévision à plein régime à deux heures du matin dans l'immeuble qu'on habite ; on claque ses portes au milieu de la nuit et l'on dévale l'escalier en galoches, tout en gueulant sur cinq étages.


Hommage au carré . Journal de l'année 1998.

D'autres écrits sur le site de la Société des lecteurs de Renaud Camus